De la survie en milieu urbain
par Thor Gogolin
Source : http://www.jjassodigitalworks.com
En réponse à l’article de Laetitia (que je conseille de lire avant celui-ci pour une meilleure compréhension).
Je me suis également posé la question de savoir si, un jour, une nouvelle guerre éclatait dans nos contrées industrialisées (et fortement armées), nous pourrions y survivre. Les propos suivants n’engagent donc que moi et c’est, parfois, le reflet de ma propre pensée.
En effet, si cela arrivait, j’imagine bien que les chances seraient minimes tant le tapis de bombes serait intense, ou tant les armes « sales » ont été développées. Cependant, n’habitant pas une ville extrêmement importante (quoi que, stratégiquement, je n’ai jamais posé la question à un général de l’état major français), je suppose que je serais relativement à l’abri.
Alors que faire ? Quitter la ville et prendre le maquis ? Rester ? Me jeter dans un abri quelconque ? Trouver des armes ? Organiser la résistance ou rejoindre un mouvement déjà organisé ?
Je crois bien que je suis trop solitaire, associable et anti-hiérarchie pour rejoindre une organisation qui me dicterait quoi faire et comment le faire. Je crois bien aussi que je préférerais me battre et mourir plutôt que filer en forêt pour survivre.
Et puis d’abord, survivre pour vivre quoi si ce n’est d’annihiler complètement l’agresseur et défendre ce que l’on a de précieux (notre vie et celle des siens, famille ou amis) !
Je pense donc que je resterais en ville. Non pas parce que je n’ai aucune technique de survie car bien qu’étant d’origine urbaine, j’ai suivi un cursus forestier qui m’a appris la débrouille en milieu naturel. J’ai également subit (oui oui, le mot est le bon) un entrainement militaire au sein de la charmante armée de terre et de ses commandos. Sans compter les années de pensionnat à échapper aux polochons fourrés aux Rangers, aux lits en cathédrale à 1h du mat’, au coma éthylique le mercredi après-midi, etc…
J’ai volontairement occulté la vision apocalyptique du virus tueur car en ce cas, il est évident que je quitterais la ville pour rejoindre la forêt. J’ai trop été bercé aux films de zombies pour avoir envie de rester en ville, sans ressources, avec pour horizon une mort lente et douloureuse (faim, soif, peur, maladies, …). En ce cas précis, je rejoindrais la vision de Laetitia, bien que, de mon côté, la vie en groupe ne soit pas ma tasse de thé (je préfère alors que nous vivions avec un bon contact, de l’entraide, mais chacun de son côté).
Cependant, revenons-en à la survie en milieu urbain, qui est ici mon sujet.
Un peu d’anticipation.
Imaginons que, habitant dans un centre ville, vous vous réveilliez, un jour, au bruit d’un vacarme énorme doublé d’un tremblement des murs. Tout s’écroule autour de vous, le grondement couvre tout autre son. Vous regardez votre téléphone : plus de réseau. Pas moyen de joindre vos parents, vos amis, votre petite amie, votre femme, vos enfants… L’électricité est coupée, les radios ne diffusent plus. De grands éclairs de lumière percent vos fenêtres à travers vos volets, explosent vos vitres. Vous vous habillez en quatrième vitesse, vous ouvrez la porte de votre appartement, et là, tout est bloqué, écroulé, en feu, enfumé. Dehors, ça siffle, ça explose, ça tire. Dedans, tout n’est que poussière, gravats, cris. Vous n’avez qu’une envie : sortir. Pris au saut du lit, vous n’avez pas le temps de penser, de réfléchir à la meilleure action. Toutes vos habitudes sont rompues, vos moyens d’agir aussi (téléphone, internet, etc…), les sorties sont obstruées, et vous, vous êtes vivant et vous n’êtes pas blessé. Quelle option choisir… Vite ! Vous habitez quel étage ? Une explosion toute proche. Vite ! Le couloir ? La fenêtre ? Quoi ?
A ce stade, peut-être serez-vous déjà mort. Malgré toute votre volonté, malgré tout votre savoir, vous n’avez pas eu le temps de vous échapper de votre prison de béton.
Mais imaginons que vous vous en soyez sorti, parce que vous habitez un rez-de-chaussée, parce que vous avez pu vous frayer un chemin parmi les décombres du couloir d’entrée, parce que vous êtes démerde, bref, pour une raison X ou Y. Vous êtes dehors, la ville est en ruine, en flammes, enfumée, les gens hagards. Imaginons que l’agresseur n’ai pas tiré de loin, mais qu’il n’ai envoyé qu’un tapis de bombes prélude à l’envahissement. Vous vous en êtes sorti, indemne, et maintenant que vous récupérez un peu vos esprits, que la fumée se dissipe doucement, vous apercevez les blindés, les fantassins. Vous entendez leurs tirs, les gens crier, agoniser. Puis tout recommence, le bruit, les éclairs, les flammes, les hurlements. Que faire ? Fuir ? Vous ne reconnaissez plus votre quartier, les rues n’existent plus, les bâtiments et les maisons non plus, tout n’est que ruines et cratères fumants. Le seul moyen, partir du côté opposé au danger, se mettre à l’abris, et prendre le temps de réfléchir à nouveau.
Bravo ! Si vous avez réussi à vous planquer, à ce moment de la journée, vous avez de grandes chances de survivre un petit peu. Vous vous êtes extrait des gravats, vous avez échappé à l’ennemi et vous êtes mis à l’abris. Maintenant, quelle sera votre priorité ? Retrouver et rejoindre les vôtres (quels qu’ils soient) ? Identifier l’attaquant ? Riposter ? Trouver des survivants ? Vous regrouper avec eux ? Trouver des armes ? Combien de temps s’est écoulé depuis votre fuite ? Vous avez soif, vous avez faim. Il n’y a plus d’eau courante, il n’y a pas de nourriture à proximité, vous ne savez pas vraiment où vous êtes…
A partir de là, tout, pour vous, sera question de choix, de décisions, et ceci, souvent pris dans l’urgence et la fatigue extrême. Peut-être déciderez-vous de prendre le maquis, en espérant que ceux qui comptent pour vous aient fait de même. Peut-être, comme je pense que je le ferait, improviserez-vous des armes en attendant d’en trouver des vraies et riposterez vous dans un lent et long travail de harcèlement (la meilleure technique lorsque l’on est inférieur en nombre).
Personnellement, je pars du postulat que tenter de retrouver les siens, c’est amenuiser ses chances de survie, même si l’on ne pense qu’à eux. Car l’on peut se tourner autour durant des jours ! Imaginez qu’ils vous cherchent aussi et que vos chemins se croisent à quelques « rues » d’écart… Il vaut mieux, à la limite, tenter de rallier un endroit sauf où d’autres se regroupent et laisser des messages. Tenter de trouver de quoi communiquer ou écouter les nouvelles (radios, talkie-walkies, etc…). Il vaut mieux ne pas se laisser emporter par ses sentiments, garder son sang-froid, et gérer d’abord sa survie avant de penser à sauver quelqu’un d’autre hypothétiquement vivant (sauf si vous rencontrez des âmes en détresse sur votre chemin, bien entendu, soyons gentilhommes).
Survivrais-je et pas vous ?
Rien n’est moins sûr. Peut-être serais-je écrasé par une poutre dès les premières secondes de l’attaque. Peut-être me prendrais-je une balle perdue une fois dehors. Peut-être même succomberais-je au déploiement de gaz mortels post-agression. Ou bien peut-être aussi que je mourrais d’une simple fracture infectée par manque de disponibilité de soins. Je peux y passer, tout comme vous, de mille et une manière, de la plus idiote à la plus héroïque.
Mais pour te répondre, Laetitia, pourquoi ne nous survivras-tu pas forcément : tout simplement parce qu’avant de pouvoir si bien t’illustrer dans le milieu naturel, il faudra que tu puisse t’extraire du milieu urbain dans lequel tu habites, et ça, ça risque de te poser des problèmes.
——————————–
Je conseille également, sur un sujet apocalyptique, la lecture du triptyque de Pierre Bordage « La trilogie des prophéties«
Comments
[...] : une réponse, sur le blog de Thor, http://blog.demezathor.fr/32-de-la-survie-en-milieu-urbain. À [...]
[...] de pouvoir survivre, et Thor a raison, il me faudra prendre conscience rapidement de la situation dans laquelle le monde aura basculé. [...]
Bah si tu survis à une guerre, tu vas aussi te manger de la tektonik planétaire dans la face! Et pourquoi cela? La Terre est un être vivant et elle réagit violemment à nos émotions, en gros on est des parasites qui génèrent de la négativité et elle se protège en se « secouant » un peu. Mange ton earthquake! Bluarg!!
Et hop! =)